Bulletin 06 – L’Ex-Voto : l’expression d’un art populaire

Ex-voto : on pense d’abord à ces plaques de marbre gravées qui tapissent certains murs d’église, auprès des autels les plus vénérés.

Mais l’ex-voto ne se résume pas à ces témoignages assez récents : il a même une longue histoire, et il est aussi ancien que la foi. On peut le définir comme une construction, un objet, ou une plaque, portant souvent une formule de reconnaissance, que l’on place dans un lieu de culte, en remerciement, après l’accomplissement d’un vœu. En France, les archéologues en découvrent fréquemment dans les vestiges des temples antiques et auprès des sources aux vertus thérapeutiques de la Gaule romaine. Il s’agit alors d’offrandes faites à un dieu en reconnaissance, pour une guérison, par exemple : statuette, vaisselle … Parfois, la figuration permet de deviner des bribes de l’histoire, car la statuette représente une partie du corps humain, celle qui, malade, a été guérie ; c’est ce qu’on appelle un « ex-voto de guérison ». On trouve ainsi fréquemment des yeux, des seins, des organes internes, des bras, et surtout des jambes. Dans les grands centres cultuels de la Gaule, on a pu en exhumer plusieurs milliers. Peut-être avaient-ils d’autres formes : dans certains endroits, comme à Chamalières, à côté des sculptures de bois, sont entassées de nombreuses plaquettes rectangulaires qui ont pu être inscrites ou peintes.

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Ex-voto. Espagne romaine, bronze, en forme de membre inférieur. Musée de Saint-Germain-en-Laye

Avec la diffusion du christianisme, l’ex­ voto permet de remercier un saint pour son intercession. Pratique connue au Moyen Âge, elle se développe avec l’impact de la Contre­ Réforme et le développement des pèlerinages, surtout dans les sanctuaires mariaux. Si les personnes les plus riches laissent en témoignage de reconnaissance des cadeaux somptueux, les gens humbles expriment leur gratitude en abandonnant dans le sanctuaire un présent modeste et fréquemment émouvant : médaille, chapelet, scapulaire, béquilles offertes par le paralytique guéri… Autres ex-voto « de guérison » : des simulacres de bois ou en argent d’un œil, d’une oreille ; ou encore (témoignant d’un mal ô combien fréquent à cette époque), des dents, dont était remplie la chapelle de Sainte Apollonie à l’église Saint-Michel de Bordeaux. Enfin, l’ex-voto peut aussi remercier un saint pour l’issue heureuse d’une situation périlleuse : dans les églises de bord de mer, les marins suspendent à la voûte une maquette de leur bateau, par exemple.

Mais il existe une autre forme d’ex-voto, fréquente entre les XVIIe et XIXe siècles : celle qui représente la scène de la guérison ou le péril auquel on a échappé. Il s’agit généralement d’une peinture de facture naïve, assez souvent maladroite : il semble qu’il ait existé des peintres spécialisés dans ce genre de commandes, réalisant ces œuvres pour un prix assez modeste. Dans le sud-est de la France, et plus particulièrement en Provence, la peinture d’ex-voto fut un véritable phénomène de société. Il reste d’ailleurs de ces nombreuses toiles dans des églises comme Notre-Dame-de-La­ Garde, à Marseille, Notre-Dame-du-Mai à Six­ Fours dans le Var, ou à Apt, où la cinquantaine restante (sur les 110 que possédait la cathédrale) a été déposée au musée.

Dans la région bordelaise, le sanctuaire marial le plus célèbre, Verdelais, compte encore une quarantaine de ces toiles peintes. Toutefois, il ne faut pas oublier que Talence a été, depuis l’Ancien Régime, un actif centre de pèlerinage à Notre Dame des Sept Douleurs, surtout après la redécouverte de la Pietà à la Noël 1729. Par rapport à des lieux comme Verdelais ou Montuzet, Talence offre en outre l’avantage d’être à proximité d’un grand centre urbain, ce qui rend le pèlerinage plus facile.De ce fait, la chapelle Notre-Dame-de-La-Rame, puis l’actuelle église ont abrité ce type d’art populaire.

Il reste quelques-uns de ces ex-voto, qui ont les caractéristiques habituelles de ce genre d’œuvres : ils ne sont pas signés, ils sont très souvent naïfs, et mettent en scène un moment de la vie profane et religieuse du donateur, exprimant ainsi toute une culture, renseignant par exemple sur les vêtements, les lits de malade.. . D’autres représentent un péril encouru, comme l’effondrement d’une maison ou un bateau en perdition. Dans presque tous les cas, la Vierge qui est censée avoir accordé sa protection est présente dans un  des coins supérieurs du tableau, comme une apparition, et le donateur est en prières, tourné vers elle. Autre expression de la culture de l’époque : toutes les femmes ont la tête couverte. Certaines œuvres sont datées, et expliquent, dans un court texte, les motivations de celui qui offre l’ex-voto, la maladie ou l’accident dont il a réchappé.

Après 1860, ces images de ferveur disparaissent et sont remplacées par les plaques de marbre blanc. Plus discrètes, généralement anonymes ou signées des seules initiales, elles semblent témoigner d’une foi plus pudique, et de l’intériorisation de la sensibilité religieuse dans une société plus laïque.

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Pietà Notre-Dame de Talence