Bulletin 08 – Henri Mémery et l’observatoire de Talence

Alain CHAMP

 2009, ANNÉE MONDIALE DE L’ASTRONOMIE

Talence a tenu à s’associer à cet événement à l’occasion de « Talence en fête ». C’est en effet 400 ans après que Galilée ait pointé sa lunette astronomique vers le ciel, que 140 nations, dont la France, se sont associées pour célébrer le domaine des études intersidérales.

C’est donc l’occasion de se souvenir que Talence eut aussi des yeux tournés vers le ciel, c’étaient ceux de Monsieur Henri Mémery, l’astronome de l’observatoire de Talence.

De Bourganeuf à Bordeaux

Son histoire commence comme un conte pour enfant. Né vers 1871, Henri était un petit berger dans les montagnes de la Creuse, dans la région de Bourganeuf. Son père, maçon, travaillait une partie de l’année à Bordeaux. Au mois d’août 1877, il écrivit à sa femme que le Maréchal de Mac-Mahon, président de la République, devait venir le mois suivant en cette ville et que de grandes fêtes auraient lieu en cette occasion. Il invitait donc sa femme à venir passer une huitaine de jours pour assister à cet événement.

Sa femme n’hésitât pas longtemps, avec son fils et un petit bagage, le 28 août, elle prenait la diligence à Bourganeuf qui les emmena à la gare de Vieilleville, commune de Mourioux, qui se trouvait sur la « ligne » Lyon-Bordeaux. Le voyage fut long, car en fait, il fallait changer quatre fois de train. Henri se souvenait qu’à Périgueux, où il fallait attendre la correspondance plusieurs heures, sa mère achetât une livre de raisin pour un sou.

Après avoir assisté aux fêtes présidentielles qui leur parurent magnifiques, il est probable que Bordeaux plut beaucoup à la maman, car elle décida se s’y installer définitivement. C’est ainsi qu’Henri devint Bordelais. Cela ne fut pas sans problèmes au début, car il ne connaissait pas un mot de français, pas plus d’ailleurs que le populaire bordeluche régional, chez lui on ne parlait que le patois limousin. Mais à six ans on apprend vite, et c’est à l’école des Sœurs de la rue Dublan qu’il apprit à écrire son nom.

Une « pluie » d’étoiles filantes

Le soir du 27 novembre 1885, il est émerveillé par une « pluie » d’étoiles filantes qu’il observe depuis le cours d’Aquitaine (actuellement Aristide-Briand) et cherche à s’instruire sur ce genre de phénomène.

L’année suivante, il découvre l’ouvrage de Guillemin « La Lune » et peu après « L‘Astronomie populaire » de Flammarion, qui confirment son goût pour l’astronomie. Sa passion pour les astres ne le quittera plus jamais.

À 24 ans, il devient membre de la Société Astronomique de France, mais par manque de moyen il ne peut se doter de la lunette de ses rêves, avec 110 mm d’ouverture ; il lui faudra attendre l’année 1900 où après beaucoup de privations et grâce à la compétence et la générosité d’un directeur d’une usine de cartonnage du quartier Saint-Michel, il obtient sa première lunette astronomique.

L’observatoire de Talence

Sa passion pour  les astres ne !’empêche pas toutefois de garder les pieds sur terre. Il va faire une carrière aux T.E.O.B. (Tramways et Omnibus Bordelais), où il devient chef du service du Secrétariat. Il fonde une famille et s’installe à Talence, 24, rue des Visitandines, rue qui prendra plus tard le nom d’Émiles-Combes. C’est là, dans son jardin, en bordure de la voie-ferrée, qu’il érige une tour de quatre mètres qui supporte sa lunette astronomique.

Ses observations concernent essentiellement les taches solaires et leur influence sur notre planète. En 1948, quand il publie son ouvrage « L’action individuelle des taches solaires sur les phénomènes terrestres », il développe son argumentation sur les effets climatiques de ces taches. Son observation est assidue, car du jour, en 1900, où il eut terminé sa lunette, il nous précise :

« Depuis ce moment, je n’ai pas quitté le Soleil un seul jour. Il y a de cela 47 ans. ».

Il publie un bulletin où il fait part notamment de ses observations et ouvre son observatoire à de nombreux amateurs qui partagent sa passion. C’est ainsi qu’ils furent nombreux  à se succéder sur la petite tour, lors du passage rapproché de la planète Mars en août 1924.

Des Talençais, parmi les anciens, se souviennent encore de cet homme affable et de son épouse ; ils étaient toujours heureux d’accueillir des jeunes pour les initier aux secrets de l’astronomie et de mettre à leur disposition l’« Observatoire de Physique solaire et de Météorologie de Talence ».

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Le site de l’observatoire e bordure de la voie ferrée, de nos jours. 

BIBLIOGRAPHIE

 

FERRUS  (M.), Histoire de Talence,  1926 (L’observatoire de Talence).

MÉMERY (H.), L’action individuelle des taches solaires sur les phénomènes terrestres, Talence, 1948.

PALAUQUI (L.),Mac-Mahon et les trams de Bordeaux ...Journal Sud-Ouest, vers 1950.