Bulletin 07 – Les Thécamœbiens à Talence

Les premiers Thécamœbiens du sol ont été trouvés et étudiés à Talence.

MAIS QU’EST-CE QUE LES THÉCAMŒBIENS ?

Parmi les végétaux croissants sur le sol, les mousses et aussi, la terre sous-jacente, on observe, parmi les Protozoaires (1) des Thécamœbiens. Pour les distinguer de ceux vivant en milieu aquatique, on les nomme « Thécamœbiens du sol ».
Ils appartiennent à la classe des Rhizopodes (2) famille des Testacellidés (3)

Peu connus, ces minuscules animaux, unicellulaires, ne sont visibles qu’à l’aide du microscope. Leur taille évolue, selon les espèces, entre 30 à 150 millièmes de millimètre, ou micromètre (µm), soit 0, 15 mm pour les plus gros. La moyenne des espèces se situe entre 40 et 80 µm. Dans les sols, ils sont souvent de taille très réduite, mais très abondants (planche 2, fig. 3).

DESCRIPTION

PLanche 1 - 7Les Thécamœbiens sont des amibes protégées par une coquille. Leur corps mou (amibe) est logé dans la coquille (thèque (4)), d’où leur nom. Cette protection est constituée par une agglomération de particules siliceuses trouvées dans l’habitat (environnement immédiat). Pour la « construction », ces minuscules amibes utilisent des « bras », qui apparaissent selon leurs besoins pour sélectionner leur matériaux. Ces particules sont maintenues par un ciment que secrète l’animal (planche l : fig. 220, 222, 227).

Planche 1

PLanche 2 - 7À titre de comparaison, les Thécamœbiens des stations aquatiques d’eau douce se caractérisent par des tailles souvent plus fortes et montrent des formes munies d’appendices (cornes) qui entourent les coquilles, tel le Centropyxis qui est entièrement corné (planche 3, fig. 2).

Quant aux faunes du sol, elles sont plus ramassées et plus globuleuses.

Certains Thécamœbiens secrètent eux-même entièrement leur coquille (planche 1 : fig. 21 · 223, 228).

Parmi les Thécamœbiens aquatiques, ont rencontre même des espèces capables de vitrifier à froid de la silice ! Ce phénomène n’est toujours pas expliqué.

PLanche 3 - 7

Planche 3

LEUR HABITAT

Ces amibes à coquilles se logent entre les feuilles des mousses ou en surface des terres, dans des terrains plus ou moins humides.

Des faunes très abondantes se rencontrent dans des sols acides, telles la terre et les sphaignes (5)des tourbières, dont le milieu leur sont favorables.

Observés, grossis grâce au microscope, ces Thécamœbiens montrent la diversité des genres et des espèces dont nous donnons ici quelques illustrations.

LEUR DÉCOUVERTE

Les premiers Thécamœbiens du  sol ont été trouvés à Talence , chemin Vielle-Tour, vers 1950. Des récoltes ont eu lieu ensuite sur divers sites de la commune (Jardin botanique, bois de Thouars, bords de chemins, etc.).

Le développement de leur étude a montré qu’ils étaient assez communs, se rencontrant partout où les conditions de vie leur étaient favorables.

LEUR ÉTUDE

Spécialisé dans la vie de ces animaux unicellulaires, j’ai étudié les Thécamœbiens de différentes régions françaises ainsi que d’Espagne, d’Afrique (ancien Congo Belge) et du Népal,  d’où Alain Champ m’avait rapporté d’intéressantes récoltes.

Du fait que les faunes du sol soient mélangées à des particules terreuses, elles ont été longtemps méconnues et n’ont pu être décelées qu’avec des méthodes appropriées spécialement adaptées à leurs caractéristiques.

LA FLOTTATION DES THÈQUES DE THÉCAMŒBIENS

Au  début  de mes  recherches, en  1951, j’ai d’abord utilisé les procédés de flottation en usage dans  d’autres   doctrines   (Foraminifères (6))  . En général, cela permettait d’avoir de riches préparations de Thécamœbiens, mais pour les faunes du sols, seules les thèques vides venaient en surface. Par la suite, en association avec le professeur Bonnet de l’Université de Toulouse, nous avons mis au point une méthode de gazage pour une exploitation commune de nos études des sols. Ce procédé nouveau a fait l’objet d’une publication en 1958 (7).

Cette méthode  permet à chaque thèque de flotter avec une bulle de gaz carbonique qui emplie le creux de sa cavité (planche 2, fig. 1 et 2).

Autrefois inconnu, ce procédé est actuellement utilisé dans toutes les recherches terricoles. Certains auteurs l’utilisent aussi parfois avec des variantes.

Raymond Thomas

Monsieur Raymond Thomas est un Talençais qui étudie les Rhizopodes depuis 1950. Ayant été un des premiers à utiliser un microscope électro­ nique à la faculté des Sciences de Talence, cela lui a permis de développer ses recherches. Il est l’auteur d’ une soixantaine d’articles sur ce sujet.

Notes

  1. Protozoaires : Ensemble des animaux unicellulaires, dont les Rhizopodes, auxquels appartiennent les Thécamœbiens.
  2. Rhizopodes : Embranchement de protozoaires possédant des pseudopodes (sortes de membres) servant à la locomotion et la préhension.
  3. Testacellidés : Qui possède un « test » : enveloppe dure protégeant divers êtres vivants
  4. Thèque : Du grec thêké : boite : ce terme désigne en biologie toute enveloppe ou gaine jouant un rôle protecteur
  5. Sphaigne : Mousse des sol acides qui s’accumule en couche épaisse, contribuant à la formation de la tourbe.
  6. Foraminifère : Protozoaire marin, à coque calcaire.
  7. Bonnet et R. Thomas, Comptes-rendus à l’Académie des Sciences, Paris, 24 novembre 1958.