Bulletin 07 – La grande peur du Sieur Loys de Pontac

Dans le précédent numéro de Mémoire et Patrimoine, page 40, nous avons rencontré ce personnage à propos d’un acte de 1560.

Maistre Loys de Pontac est alors désigné comme « notaire et secrétaire du roy » et il possède une vigne au Becquet, sur la paroisse de Talence. Il est également Conseiller au Parlement de Bordeaux.

Nous le retrouvons cette fois en  1548 (1), lors de la révolte de la gabelle à Bordeaux. Cet événement dramatique, qui eut des répercussions sur Talence, mérite d’être rappelé (2).

Le 19 août, nous rapporte Maurice Ferrus dans son ouvrage sur le Fort du Hâ, la révolte se déchaîne. Tristan de Moneins, lieutenant du roi et gouverneur de la ville, est massacré comme beaucoup d’autres personnes « soupçonnées d’être gabelleurs   ».

Or, Monsieur Loys de Pontac était à cette époque Receveur général de  la Gabelle, situation particulièrement inconfortable en ce mois d’août. Dans une lettre du 20 septembre 1548, Jehan du Sault, lieutenant du château du Hâ, nous apprend que Loys de Pontac était venu « se retirer et mettre en sûreté », le malheureux de Moneins l’ayant autorisé à trouver refuge dans ce château. Il y arrive le.20 août. Bien lui en prit, car les insurgés, ne pouvant se saisir de sa personne saccagent « ses maisons, tant des champs que de la ville », maisons qu’il avait à Talence et à Bègles et où « portes, fenêtres, ferrures, serrures, etc. » sont arrachées.

Mais le château du Hâ lui-même est menacé, de Pontac réussit à en sortir discrètement et quitte la région en voiture de poste, en compagnie du sieur de Saint-Loube. Là encore, il sauve sa vie, car les Bordelais se saisissent de la forteresse ainsi que du château Trompette et deviennent maîtres de la cité.

pontac 7-1Le Peugue et le château du Hâ, d’après un dessin de Léo Drouyn.

Les représailles royales sont terribles. Henri II envoie le connétable Anne de Montmorency, parent de Tristan de Moneins et qui est décidé à exterminer la ville. Alors que l’ordre est déjà rétabli, il arrive avec 10 000 soldats. La ville est envahie, humiliée, tous les symboles de ses libertés sont détruits. On torture, empale, démembre, brûle ou décapite. Cent cinquante insurgés, ou soupçonnés de l’être, périssent dans une seule journée. Quant à Jehan du Sault et son frère, le prévôt de la ville, ils eurent la tête tranchée « pour leur négligence ».

Une fois de plus, Bordeaux la rebelle eut à subir une lourde pénitence.

Alain Champ

 

Bibliographie

Boutruche (R.) – Bordeaux de 1453 à 1715. in :

Histoire de Bordeaux, t. IV. Bordeaux, 1966.

Ferrus (M.) – Le fort du Hâ. Bordeaux, Féret et fils.

  1. 1 p. 59.

Jullian (C.) – Histoire de Bordeaux depuis les origines jusqu en 1895. Bordeaux, 1895.

 

Notes : 

1 – Loys de Pontac n’est pas mort le 5 septembre 1543 comme indiqué par erreur page 43 de l’article précédent, mais le 5 septembre 1563. Il avait été nommé Conseiller au Parlement de Bordeaux le 9 avril 1543.

2 – D’après Camille Jullian, l’impôt sur le sel n’était qu’un prétexte, ce fut plutôt une insurrection politique de la Guyenne contre le pouvoir royal et Bordeaux était soupçonnée d’avoir toujours un regard tourné vers l’Angleterre.