Bulletin 05 – Un Talençais fondateur de l’Alliance Israélite Universelle

Le 6 février 1820, naît à Talence, Jacob­ Jules Carvallo, fils de Moïse Chevalier Carvallo et de Jeudic Carion.

Élève de l’École polytechnique puis de l’École d’Application des Ponts et Chaussées, cet ingénieur travaille avec les frères Pereire à la construction des chemins de fer en France, en Italie et surtout en Espagne où il se fixe en 1865 pour le creusement du grand canal d’irrigation du delta de l’Èbre, ouvrant à la culture de grandes superficies cultivables.

Il meurt à Tortosa, en Espagne, en 1915. Mais, outre son œuvre de constructeur, ce Talençais est surtout connu pour être un des fondateurs de l’Alliance Israélite Universelle.

Dès le 6 février 1851, il lance dans l’Univers israélite une idée nouvelle : « De la nécessité d’un Congrès israélite », puis, deux ans après, dans un autre article : « D’un Congrès israélite ». Le 6 février 1853, il demande la fondation d’une société internationale pour la défense des droits des juifs.

L’idée se réalise après les polémiques de l’affaire Mortara de  1858. Le 17 mai 1860, dix-sept personnes se réunissent à Paris pour fonder !’Alliance qui prône la nécessité d’une action juive unie par-delà les frontières. Parmi ces dix-sept membres il y a deux Bordelais : Élie Aristide Astruc, adjoint au grand rabbin de Paris et Jules Carvallo, président de la Commission de l’A.I.U. (Alliance Israélite Universelle).

En juillet 1860, la commission lance un appel à tous les israélites, au nom de la lutte contre les préjugés, de la mission d’Israël, de la foi en un Dieu unique, de la liberté de la conscience, de l’inviolabilité du foyer, de l’union, de la légalité, de la dignité, de l’aide, de l’association, des principes de 1789.

Depuis 1860, l’A.I.U. joue un rôle important pour apporter le progrès matériel, social et intellectuel aux juifs d’Afrique, d’Asie et d’Europe orientale.

À l’âge de 90 ans, le Talençais, Jules Carvallo parle en 1910, dans les Archives Israélites, de son projet : « Rêve de ma jeunesse, j’avais alors quinze ans, je contemplais les pâles lueurs de ce mystérieux messager des mondes invisibles, la comète de Halley. Je sentis que le but de ma vie devait être l’union de tous les fils d’Israël ».

 En 1965, l’historien André Chouraqui consacre un livre à « Cent ans d’histoire. L’Alliance israélite universelle et la renaissance juive contemporaine (1860-1960) ». Paris, P. U. F… et, en 2003, Gérard Nahon rappelle le rôle capital de Jules Carvallo dans son ouvrage « Juifs et judaïsme à Bordeaux » (Mollat). Nous lui avons emprunté ces informations et nous le citons :

« Paradoxalement, au lieu de s engourdir dans (le) confort, de glisser vers une irrémédiable assimilation, (le) milieu « israélite » (bordelais) produit aussi des hommes résolus à bâtir sur des bases inédites l avenir du peuple juif, des hommes de bonne volonté et de pervérance, capable de concevoir et de réaliser un grand dessein. Un rabbin comme Aristide Astruc, un laïque comme Jules Carvallo, incarnent à merveille ce modèle » (p. 222).

Jean-Claude DROUIN