Bulletin 05 – La gendarmerie de Talence a vécu…

L’ancêtre de la Gendarmerie Nationale est la Maréchaussée qui trouve son origine au XIIIème siècle  dans les troupes à la solde du « prévôt des maréchaux » chargé par le Connétable des attributions de justice générale sur les gens de guerre.

C’est François Ier qui, par l’édit du 15 janvier 1536, décide d’étendre les pouvoirs de la Maréchaussée, jusque-là limités aux excès des gens de guerre et de ceux qui suivent les armées, aux crimes de grand chemin quels qu’en soient les auteurs, civils ou militaires, vagabonds ou domiciliés. Cette décision entraîne la sédentarisation progressive des unités et leur subordination aux autorités locales.

En 1720 un édit de Louis XV établit des compagnies de Maréchaussée sur toute l’étendue du royaume. Mais il faut attendre Choiseul pour que l’on s’attaque aux nombreux problèmes administratifs en suspens tels que l’encadrement et l’hérédité des charges (1768) ou le casernement et la nourriture (1769). Une ordonnance de 1778 fixe un premier état descriptif d’un « hôtel de la maréchaussée » précisant que la charge de l’hébergement du personnel et des chevaux incombe aux responsables locaux, maires et échevins.

A la Révolution , la Gendarmerie remplace la Maréchaussée, mais le principe reste le même. Ce sont alors les Départements qui sont chargés de loger les nouveaux gendarmes dans des casernes pour y installer les brigades de la Gendarmerie dite « Départementale ». La République construit alors des bâtiments neufs ou se sert aussi des biens nationaux tels que couvents ou maisons bourgeoises.

L’importance de la commune de Talence n’appelle pas d’installation de brigade de Gendarmerie au cours du XIXème siècle puisqu’il faut attendre la décision n° 73 du ministre de la Guerre, en date du 30 mai 1894, pour qu’une unité y soit créée. La brigade comprend 5 hommes dont un brigadier et prend possession de locaux provisoires qui se situent à l’angle du cours Gambetta et de l’avenue Espeleta (côté nord) comme en fait foi le plan de la commune de Talence dressé en 1901 par A. Sourbet.

Mais  ces  locaux  étant  probablement  trop petits pour contenir les bureaux et les familles, le Département décide de construire une caserne  dans  un  quartier  nouveau, chemin  de  la Charmille. Elle est occupée le 1er octobre 1903 et comme le montre les cartes postales de l’époque, elle est bien isolée au milieu des champs.

C’est une brigade à pied (par opposition aux brigades à cheval que l’on trouve plutôt en zone rurale) qui comprend 5 gendarmes dont un brigadier. L’état des lieux daté du 1er octobre 1903 et signé par le capitaine Buisson commandant la Gendarmerie  de l’arrondissement  de Bordeaux et le maire de Talence Adolphe Huc représentant le Préfet, fait ressortir que :

  • les appartements ont 2 ou 3 chambres mais une seule a une cheminée en «marbre» alors que la cuisine a une cheminée en « pierre »
  • la buanderie est commune, avec fourneau en fonte et bassin en ciment
  • les latrines (extérieures) sont séparées pour les deux sexes, avec porte fermant à « targette et crochet ».
  • il y a un puits dans la cour avec une pompe
  • il existe un jardin partagé en cinq parties égales et clôturé par un treillis dit de « gironde »
  • et bien sûr deux chambres de sûreté (hommes et femmes) solidement construites avec portes fermant « extérieurement »…

Cette brigade devient Brigade Territoriale en 1941 et compte six sous-officiers à partir de 1961, ce qui entraîne la construction d’un sixième logement dans la cour pour le commandant de brigade. Entre 1975 et 1978 une aile est ajoutée à gauche du bâtiment principal pour remodeler les appartements des gendarmes et agrandir les bureaux qui ne comprenaient que deux pièces au rez-de-chaussée. Le confort entre enfin dans les appartements (W.C., salle d’eau, chauffage central, etc…).

Un nouveau procès-verbal d’installation est signé le 1er juin 1978 entre Henri Deschamps, maire de Talence, et l’adjudant Daniel Brondeau commandant la brigade de Talence afin de renouveler le bail 3-6-9 avec la préfecture, alors exécutif du Conseil Général de la Gironde, et entériner l’augmentation, due aux travaux, du loyer payé par la Gendarmerie.

La compétence territoriale (rationae loci) de l’unité correspond à la commune de Talence mais sera étendue à partir du 1er décembre 1995 aux communes de Gradignan, de Léognan et de Cestas.

Jusqu’à l’installation d’un commissariat sur la commune, la compétence judiciaire, administrative et militaire (rationae materiae) de la brigade est pleine et entière. Toutefois, elle ne s’investit pas dans le maintien de l’ordre comme le prouve la fameuse carte postale montrant la troupe protégeant les inventaires qui font suite à la loi de 1905.

A la venue des fonctionnaires de Police, la Gendarmerie se cantonne, sur Talence, au suivi de ses enquêtes judiciaires extérieures et des dossiers militaires. La cohabitation se passe bien mais on peut penser qu’il y a redondance de moyens au sein du service public.

Bulletin 5 - gendarmerie 1La gendarmerie dans son environnement au début du siècle

 Ce chevauchement entraîne donc en 1998 un redéploiement général entre la Gendarmerie Nationale et la Police Nationale qui aboutit à la suppression de brigades entièrement couvertes par une zone de police. La brigade de Talence étant dans ce cas (comme celle de Pessac ou de Bègles dans l’agglomération bordelaise),  elle est dissoute le 1er décembre 1999 et les locaux sont remis au Conseil Général de la Gironde le 29 février 2000.

Le clin d’œil de l’histoire veut que le bâtiment reste dans le giron des forces de l’ordre puisque le ministère de l’intérieur y installe en 2005 le commissariat de Police. Mais l’inscription « Gendarmerie Nationale » n’est pas loin, comme pour conserver un peu d’histoire aux futurs archéologues…

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La gendarmerie peu après sa construction

Daniel Lachaud, colonel de Gendarmerie honoraire, est membre de notre association.