Bulletin 05 – C’était il y a 200 ans : Talence se cherche un cimetière

Il y a peu de temps, le maire de Biritiba Mirim, près de Sao Paulo, au Brésil, a décrété une interdiction de mourir jusqu’à nouvel ordre par manque  de place  au cimetière.

cimetierre 2« Les citoyens devront veiller à leur santé afin de ne pas mourir » a-t-il bien précisé !Nous ne savons pas si ses administrés ont réussi à obtempérer, mais ce même arrêté municipal aurait pu être décidé par nos maires talençais qui, 200 ans plus tôt, furent confrontés à la même et tragique pénurie de cimetière.

À Talence, comme nous allons le voir dans ces extraits de délibérations du Conseil municipal, le problème dura un certain temps. Pour l’instant, nous sommes en 1804, l’Empire et son administration se mettent en place et à Talence on en est réduit à enterrer les morts au cimetière de Pessac, celui de l’église Saint-Pierre (Saint-Pey) étant saturé depuis longtemps.

 

18 JUIN 1804

 Aujourd’hui, vingt-neuf prairial , an douze, le Conseil municipal de la commune de Talence, convoqué en vertu d’une lettre de Monsieur le Préfet en date du 18 courant, pour délibérer sur les moyens de procurer un cimetière à ladite commune.

Le Conseil municipal a l’honneur d ‘observer à Monsieur le Préfet que la commune de Talence possédait autrefois deux cimetières que les autorités d’alors permirent qu’il en fut vendu un (celui de Saint-Genès) et réserver celui qui est attenant à la chapelle de Talence existante (Saint-Pierre).

Le Conseil municipal prie Monsieur le Préfet de prendre en considération l’arrêté quifut pris le dix-huit pluviôse an dix (7 février 1802), dont copie ci-joint et qui à cette époque il fut remis avec toutes les pièces y relatées à Monsieur Dubois préfet d’alors. Il observe encore avoir toujours attendu une décision, pour savoir à quoi sintéresser, et vous prie, Monsieur le Préfet, d’avoir égard à sa juste réclamation, que l objet est d’autant plus pressant que par votre lettre ci-dessus relatée, le maire de Pessac observe ne pouvoir plus recevoir de corps morts dans son cimetière. Signé : Herbert, Gérus, Laborie agent maire, Mouliney, Eyquem, PeyffY , Darrodes,Capeyron aîné, Bonnefous maire.

 Un an et demi après la situation n’a pas évoluée. Mais que fait-on de ces « corps morts » que Pessac ne veut plus ?

8 DÉCEMBRE 1805

 Aujourd’hui dix-sept frimaire, an quatorze, le Conseil municipal de la commune de Talence, assemblé par convocation du maire de ladite commune d’après la lettre de Monsieur le Préfet en date du 15 brumaire dernier (6 novembre 1805), qui l’autorise à cet effet, pour délibérer sur les dépenses du culte, vu aussi la lettre du 21 brumaire dernier (12 novembre 1805) dans laquelle le Préfet lui fait part d‘une pétition des habitants de ladite commune, qui l’autorise à convoquer ses administrés pour concourir au moyen de satisfaire promptement au besoin du culte, vu enfin l’invitation faite au Conseil par divers habitants et propriétaires de ladite commune en date du 10 du courant qui invite le Conseil à prendre une délibération sur les moyens les plus convenables pour parvenir à ses fins.

 Le Conseil municipal, considérant que la commune na aucune ressource devant elle pour pourvoir aux besoins actuels et pressants pour le service du culte, que le cimetière et le logement du desservant ont toujours été un objet de sollicitude pour le Conseil, qu’il n’a cessé depuis plusieurs années de s’occuper de cette affaire sans pouvoir y parvenir, mais comme il paraît aujourdhui que les habitants et propriétaires sont tous animés du même esprit pour y concourir avec le Conseil à l ‘effet de rendre au culte tout l’éclat que la religion exige.

 Arrêté

Il sera ouvert un registre pour une souscription volontaire.

  1. Pour l’achat d un cimetière
  2. Pour le logement du desservant
  3. Pour les dépenses les plus urgentes à la réparation de l’église
  4. Pour l’augmentation du traitement à faire  au prêtre desservant 

Ce registre sera subdivisé et l’assemblée de la commune  qui sera convoquée nommera divers particuliers dans chaque section pour recevoir des souscriptions, et nommera également dans la même séance un receveur particulier pour recevoir, ou faire recevoir, les sommes souscrites. Les sommes une fois perçues, le receveur portera son état au Conseil municipal qui fera la distribution ( …) Et l’arrêté se poursuit en disant : Le Conseil municipal prévient les habitants et propriétaires, qu il sera bien doux pour lui qu’une souscription volontaire peut fournir à tous les frais cessités par les circonstances sans recourir à des taxes forcées où il serait bien difficile de faire une juste répartition.  (…)

signé : à peu-près les mêmes qu’en 1804 (voir l’illustration), Louis Bonnefous étant toujours maire, mais pas pour longtemps, car il sera remplacé le 27 mars 1806 par Félix Materre­ Ferrand qui renoue pour l’occasion avec le calendrier grégorien remis en usage depuis le début de l’année.

cimetierre 1Il est probable que le Conseil du brave Bonnefous n’a pas connu la « douceur » de la souscription populaire pas plus que Talence n’a retrouvé un cimetière. Il faudra attendre en effet encore onze ans pour voir se créer un cimetière que la commune se verra offrir par son curé, l’abbé Ripollès, en 1827.

C’est dans ce cimetière, la partie ancienne du cimetière actuel, que fut inhumé le donateur en 1836. De nos jours, peut se souviennent de ce prêtre comme en témoigne l’abandon de sa tombe. Espérons que la municipalité interviendra pour permettre la conservation de ce modeste monument en mémoire de celui qui clôtura plus d’un quart de siècle de « carence sépulcrale  ».

Sources : Archives municipales de Talence

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