Bulletin 04 – L’orgue de l’église Notre-Dame

« L’orgue, le roi des instruments »

Guillaume de Machaut

La vie culturelle d’une ville est une affaire complexe, difficile, où les multiples acteurs, artistes, collectivités, associations, doivent composer avec le public pour que « culture » ne soit pas « consommation de produits culturels » mais démarche active, participative, créative.

Une véritable démarche de culture suppose plusieurs étapes, de la découverte, du choc parfois, que représente la rencontre avec l’œuvre d’art – que celle-ci soit plastique, musicale, théâtrale ou patrimoniale -, à l’appréhension approfondie de celle-ci, dans une démarche certes jubilatoire, faite de plaisir mais aussi de rigueur, dans un échange entre tous les partenaires concernés.

Cela sans doute est un idéal, difficilement atteint parce que souvent lourd à mettre en œuvre. Et pourtant ! Trop longtemps la culture a été considérée comme un produit de consommation, l’exemple la plus déplorable étant cette caricature exécrable que sont – ou étaient – les sorties scolaires où, en rang par deux, des théories d’élèves défilaient, l’œil morne, devant une exposition, assistaient passivement à quelque représentation théâtrale, ou subissaient un concert auquel ils n’avaient en rien été préparés.

Les choses ont évolué et tous les partenaires ont pris conscience de  ce terrain d’échange exceptionnel que représente un véritable projet culturel. Le Comité talençais de l’orgue de Notre-Dame, pour sa part, en a pris acte et s’efforce de donner vie à un instrument de qualité, de sensibiliser un public toujours plus large au répertoire organistique, d’ouvrir sur d’autres formes d’expression artistique, de motiver, enrichir, etc. Mais avant de développer ces points, arrêtons-nous un instant sur l’historique de cet instrument encore trop mal connu des Talençais.

Rendons à César ce qui est à César et rendons à Gérard Esquerré l’hommage qui lui est dû, lui qui, dans les années 70, a permis l’acquisition de l’instrument que l’on peut voir depuis lors dans notre église.

Ce fut une aventure, comme toujours lorsque l’on veut innover ; ce fut aussi un concours exceptionnel de circonstances qui fit que cet orgue de Rotterdam dû au facteur Pells, relativement récent – il avait alors une vingtaine d’années -, voué, comme l’église néogothique qui l’abritait et tout le quartier environnant, à la démolition, fut providentiellement signalé à Gérard Esquerré. Sitôt informé, celui-ci se rend à Rotterdam et, guidé par Monikendam, musicien à la cour de Hollande, ancien élève de Vincent d’Indy, voit l’instrument et engage l’affaire.

Avec l’aide du Conseil Général de la Gironde, que présidait  alors  Raymond Brun – celui-ci s’engage pour assurer le financement à hauteur des trois quarts du prix total – et celle de la municipalité, l’orgue de Rotterdam devient acquisition de la Ville de Talence. Adapté à la voûte, il trône depuis lors à la tribune, accompagne la liturgie mais aussi permet à un large public de découvrir tout un pan de la culture musicale, souvent mal connu.

À noter que dans les années 80, une restauration devenue  nécessaire,  fut réalisée par Alain Faye qui, notamment, remplaça la transmission électro- pneumatique par une transmission mécanique et réharmonisa l’orgue.

Cette excellente restauration fait de l’orgue de Talence  un  instrument classique, apte à jouer tout le répertoire, de Bach et Buxtehude à la musique la plus contemporaine en passant par les grandes compositions symphoniques du XIXème siècle.

Ces précisions données, venons-en aux activités du Comité de l’orgue de Notre­ Dame, fondé dans les années 70 et qui a trouvé un second souffle depuis janvier 2001.

Il faut d’abord mettre à l’actif de Gérard Esquerré, président de notre association, la création d’une classe d’orgue confiée à Francis Chapelet, à une époque où rien de tel n’existait en Aquitaine. Celle du Conservatoire National de Région fut créée ultérieurement et Talence peut se prévaloir d’avoir été la première commune de la région à posséder cet enseignement. Depuis lors, le nombre d’élèves s’est maintenu stable, même si l’on peut regretter que trop peu d’adeptes s’orientent vers cet instrument. Il n’empêche que l’audition annuelle de la classe d’orgue en manifeste le dynamisme. Parallèlement à cet enseignement très spécifique, notre association à fixé dans ses objectifs la sensibilisation du public, de tous les publics, jeunes et moins jeunes, à l’orgue. À titre d’exemple, citons le projet réalisé par l’école Joliot-Curie sur le thème de l’air. Thème pluridisciplinaire s’il en est, il a donné lieu à tout un travail de géographie (les vents), en sciences naturelles (le souffle, la respiration), en français, arts plastiques et naturellement en musique. La collaboration entre les enseignants et l’organiste, professeur d’orgue à l’école de musique de Talence a été particulièrement harmonieuse et efficace. Autre moyen de découverte de l’instrument, les visites de l’orgue. L ‘expérience menée en J Ulil dernier avec les commerçants à qui nous voulions manifester notre gratitude pour diffuser si gracieusement notre publicité, a montré que l’orgue intrigue, séduit, passionne. Le côté quelque peu ésotérique de l’instrument, son  ampleur sonore, la complexité de sa mécanique, les prouesses autant physiques qu’artistiques qu’exigent l’interprétation, tout cela contribue à la fascination qu’exerce l’orgue sur tous ceux qui l’approchent. les enfants n ‘y sont pas moins sensibles que les adultes et nous envisageons de multiplier ce type de visite à l’avenir.

Mais l’activité, sans aucun doute, la plus spectaculaire de notre association réside dans les rendez-vous mensuels en l’église Notre-Dame, dits les mardis musicaux de Talence. En effet, d’octobre en mai, à 20 h 30, un concert est offert au public,  avec  un  programme  soit  d’orgue seul, ou d’orgue et instrument(s) autre(s), voire d’orgue associé à un autre mode d’expression artistique. Avec une programmation diversifiée couvrant toute l’Europe, des Flandres à l’Espagne, c’est un rendez-vous inscrit dans la durée, qui participe activement à la dynamique culturelle de la ville. Ainsi, grâce aux multiples possibilités offertes par l’instrument, le public a pu découvrir, ou redécouvrir, un répertoire étendu aussi bien dans l’espace que dans le temps : répertoire baroque – François-Henri Houbart avec Bach et Buxtehude en mai 2001, Bruno Morin et Suzanne Chaisemartin avec Bach au printemps 2003 -, romantique – Sophie­ Véronique Cauchefer-Choplin en novem­ bre 2002 -, contemporain – l’américain Philip Glass interprété par Danielle Videaud en février 2001 -, etc. Répertoire également étendu dans l’espace puisque Erwin van Bogaert, organiste titulaire de l’église Notre-Dame à Sint-Niklaas en Belgique, nous a permis d’entendre des œuvres rarement données d’Alexandre van der Kerckhoven, Andriessen, Ch. Steel et autres compositeurs belges et néerlandais. Mêmes découvertes à faire avec Josef Sluys, organiste de la cathédrale de Bruges et Tom Hoomaert, titulaire de l’église Saint-Pierre à Tielt, tous deux programmés en 2004.

L’association a également inscrit  dans sa politique d’offrir la tribune à de jeunes talents, de notre région et d’ailleurs. Si beaucoup connaissaient les Bordelais Thierry Grondin et Christel Bergay, Philippe Bezkorowajny  ou Paul  Darrouy, le public a pu également apprécier de jeunes et brillants interprètes comme Christian Mouyen et  François Espinasse, actuel titulaire de la classe d’orgue au CNR de Bordeaux, tous deux anciens élèves de la classe d’orgue de Francis Chapelet. Elle s’ouvre sur l’étranger, notamment la Belgique dont elle a accueilli – ou va accueillir -plusieurs organistes. Elle a opté aussi pour la diversité en associant l’orgue à d’autres modes d’expression artistique. C’est ainsi que Frédéric Blanc, titulaire du grand Cavaillé-Coll de Notre-Dame d’Auteuil à Paris, a superbement improvisé sur un très beau texte de Michel Suffran, Quatre Voix pour une croix, dit par quatre comédiens du Petit Atelier, cela en janvier 2003.

Ainsi donc, enseignement, visites de l’instrument et surtout concerts mensuels constituent l’essentiel des activités de notre Comité. Ces derniers ne cessent  d’attirer un public fidèle, d’autant qu’ils se situent à une époque où il y a peu de manifestations comparables sur l’agglomération.

Tout cela nous encourage à poursuivre notre action. Toutefois, la crédibilité d’une association est liée au nombre de ses adhérents et la nôtre a besoin du soutien de tous.  Aussi est-ce une invitation à nous rejoindre qui vous est aujourd’hui adressée.

Nous ne saurions conclure sans que soient remerciés le clergé local, la Mairie de Talence ainsi que l’Office Culturel et Éducatif de Talence qui nous apportent leur indispensable soutien.

Claire et Anne MONFÉRIER

Association des amis de l’orgue de Talence, 14 rue Émile-Loubet Talence

orgue

Pour les connaisseurs,
voici la composition de l’instrument :

Grand Orgue Récit
Quintaton 16 Principal 8
Montre 8 Violoncelle 8
Salicional 8 Voix céleste
Bourdon 8 Bourdon 8
Prestan 4 Flûte 4
Flûte 4 Nazard 2 2/3
Quinte 2 2/3 Quarte 2
Doublette 2 Tierce 13/5
Plein-jeu Hautbois 8
Trompette 8 Tremblant

Pédalier

Soubasse 16
Principal 8
Basse 8
Principal 4
Basson 16
Accouplement récit/grand orgue et tirasses grand orgue et récit