Bulletin 04 – Editorial

Présentation de notre quatrième exposition
lors de la fête de Talence du 17 mai 2003. 

« Je remercie tout d’abord Madame Chadebost, présidente de l’Ocet et son équipe d’avoir proposé un excellent thème pour la fête de cette année, Les Arts et la Lumière, ainsi que Mademoiselle Menneteau, conservatrice de la Médiathèque Gérard-Castagnéra , de nous accueillir une fois de plus aussi aimablement.

En appliquant ce thème des Arts et de la Lumière à l’histoire de  Talence  nous avons pensé immédiatement au Siècle des Lumières, grand siècle à Talence et à Bordeaux, et à l’un de ses représentants illustres, Charles Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, qui a foulé de ses pieds le territoire de notre commune, non loin de cette Médiathèque où nous sommes, lors de ses visites au château Monplaisir, où il avait des attaches familiales.

Puis, nous étant mis à la recherche de documents talençais de  cette  époque, nous avons eu la chance de trouver deux objets de grande valeur historique qui constituent le clou, les deux clous de l’exposition, si vous me permettez cette expression, puisque l’un date de 1788, l’autre de 1790. Ils ne paient pas de mine mais ce sont d’authentiques témoins de l’époque, qui sont restés à  Talence pendant les deux siècles qui viennent de s’écouler.

Il s’agit de :

  • L’ex-voto du navire La Victoire, en perdition au large des Açores, en plein Atlantique, en février 1788, dont l’équipage  fit  un  vœu  à  Notre-Dame  de Rama. La chapelle, dont l’histoire a été étudiée par Alain Champ, se trouvait à 200 mètres de l’endroit  où nous sommes, très exactement au 11 bis, rue Ambroise-Paré. L’équipage ayant échappé au naufrage vint en pèlerinage, pieds nus selon la tradition, depuis Saint-Genès, y déposer cet ex-voto qui, soit dit en passant, a besoin d’une sérieuse restauration avant qu’il ne soit trop tard.
  • D’une nature complètement différente, l’autre objet n’est pas un objet de foi, il s’agit du registre des premières délibérations municipales, ouvert en février 1790, au moment où la paroisse de Talence est devenue la commune de  Talence, au début de la Révolution française, qu’autrefois nous étudiions presque  jour par jour dans les lycées. On l’étudie moins C’est dommage pour la formation des jeunes citoyens ! Il a été retrouvé, il y a quelque temps, par un fonctionnaire municipal, abandonné sur l’une des étagères de la Mairie et déposé aux Archives municipale où nous l’avons déchiffré avec Madame  Martigny, archiviste (voir les signatures de ce registre, page 3).

Notre exposition est structurée autour  de ces deux documents de grande valeur, l’un évoquant la tradition , l’autre un  point de départ historique. Une travée de panneaux illustre les aspects contrastés de ce « Siècle des Lumières » qui conduisit à la Révolution et une autre travée est consacrée à l’art de vivre, aux sciences et à la culture de cette période, à Talence et à Bordeaux. On ne peut ignorer que Talence a toujours vécu en symbiose avec Bordeaux dont elle est la voisine immédiate et la sortie vers le Sud. Disons le tout de suite, nous ne pouvons et ne voulons pas nous contenter d’éclairer le passé étroitement talençais, notre objectif est  de  mettre  en  relation  notre  histoire locale avec l’histoire de la grande ville voisine et aussi, autant que faire se peut, avec l’histoire nationale.

À partir des grands objectifs ainsi définis, nous avons regroupé des panneaux  par secteurs pour illustrer :

  • Ce qui a conduit à la Révolution et donc, concrètement pour notre histoire locale, à l’ouverture de ce registre municipal. Toute cette travée de panneaux est consacrée aux philosophes des Lumières, aux personnalités et aux œuvres de Montesquieu, Voltaire, Rousseau, à la religion et à la franc-maçonnerie à Bordeaux et à Talence, à  l’architecte Victor Louis. Nous devons à Jean-Claude Drouin, historien, le très intéressant panneau sur la franc-maçonnerie.
  •  L’autre travée de panneaux, ainsi que plusieurs vitrines, illustrent l’art de vivre à Talence dans les châteaux et leurs jardins sous l’Ancien Régime. Ludovic Bonnardet, historien de l’architecture, a préparé ces panneaux où l’on voit clairement que les jardins et la pièce d’eau du château Peixotto sont la réplique du palais et des jardins d’Aranjuez , en Samuel­ Charles Peixotto qui s’était converti au catholicisme, avait choisi comme parrain Charles III d’Espagne lui-même et désirait que nul ne l’ignorât ! Cela nous vaut un très beau château et un parc de qualité, malheureusement écorné par la tempête de décembre 1999. Alain Champ a constitué un panneau très esthétique sur la botanique, très prisée à l’époque, en particulier par Abraham Gradis, le propriétaire du château Monadey.
  • Les panneaux du fond de la salle proposent d’intéressantes données chiffrées sur le Talence de l’époque.
  • Enfin, sur d’autres panneaux, est affiché le Journal de Guyenne qui relate la vie à Talence vers 1780, facile à imaginer à partir d’annonces de ventes de maisons ou de vins, et qui, par un article du 21 septembre 1792, met le point final au XVIIIe siècle et à notre exposition. Que Jean-François Viaud,  notre nouveau membre actif, soit remercié pour les recherches qui lui ont permis de trouver ces éléments d’information !

Merci à tous ceux qui ont collaboré activement à la recherche et à l’installation de tous ces documents ! »

Notre participation active à la défense du patrimoine talençais :

L’autre activité qui nous mobilise constamment consiste à défendre, d’une façon sereine mais ferme, les maisons de caractère menacées par  des projets immobiliers. Nous publions à nouveau, dans ce bulletin numéro 4, notre liste de sites à protéger, liste désormais connue et largement approuvée par de nombreux Talençais, ce dont nous les remercions vivement !

Nous avons participé à la sauvegarde de la maison Veillon, rue Pacaris, et nous resterons vigilants tant que les projets d’extension de la «grande surface» voisine n ‘auront pas pris une tournure supportable par tous. Nous comptons sur le maintien de la maison qui serait pour ce centre commercial un lieu idéal d’écoute d’enregistrements musicaux          et d’exposition de livres. Allez admirer, si vous ne les connaissez pas encore, cette maison et son parc qui contribuent indéniablement à la «valorisation paysagère» de l’endroit, beaucoup plus en tout cas que n’importe quelle extension de parc de stationnement entouré de grises glissières métalliques qui se veulent modernistes mais ne sont que les avatars d’une désespérante banalité !

La sauvegarde de la tour de Brana, prolongement d’une belle maison du XVIIe siècle, et du parc attenant.

L’affaire semblant bien engagée, nous remercions les responsables qui ont entendu nos arguments et qui nous ont promis de conserver la maison elle-même, le parc dans lequel se trouve un pigeonnier en briques rouges et surtout la tour, en fait une tour-pigeonnier qui, comme on le sait, accompagnait, par privilège, les maisons nobles (photos page 17).

Sachez cependant qu’au même moment, nous apprenions avec stupéfaction l’avis favorable à la démolition de la tour et de la façade des dépendances donné par les Bâtiments de France et l’ouverture à Bordeaux d’une très belle exposition, 21, cours de l’Intendance, sur les tours pigeonniers de Gironde ! Or, notre tour de Brana se situe d’emblée dans une très bonne moyenne, les personnes qui ont pu visiter cette exposition pourront en porter témoignage. On nous sera reconnaissant, plus tard, d’avoir participé à son maintien.

Nous comptons bien la faire figurer dans le dépliant touristique et culturel que nous préparons sur Talence.

Nous avons demandé également que soient conservés les murs du couvent Saint-Pierre, rue Peydavant, construits par les frères Garros, architectes de valeur, au XIXe siècle, ainsi que son parc avec ses beaux arbres et sa très intéressante petite chapelle tapissée de ceps de vigne artistiquement disposés qui constituent de nombreux symboles religieux sur ses murs, son plafond et sa façade. La conservation de cet ensemble nous a été promise. Acceptons-en l’augure !

Bernard CAPDUPUY

bulletin 4-1

Signatures figurant au bas du procès-verbal de la délibération pour la création de la commune, le dimanche 7 février 1790 :

O Scanlan Curé (rédacteur du procès-verbal),  (Élie) Cauderès Maire, (Jacques) Perrens officier municipal, Darrodes officier municipal, (Jacques) Bureau greffier, Bielle syndic (secrétaire de mairie), Tanesse, (Pierre) Faget, Jean Laroque,  Camus fils, Izorge,  Caillières,  (Pierre) Boireau, Jean de Laborie,  Bowiaup, Pixotto de Beaulieu Colonel du Régiment du Roy.

Document Archives municipales de Talence