Bulletin 04 – Abrégé historique du Lycée Victor-Louis

Par ordonnance royale de la Monarchie de  Juillet, datée du 15 décembre 1835, Monsieur Jean-Claude Perret, proviseur du Collège Royal (anciennement Lycée  Impérial  fondé par Napoléon 1er ), est autorisé à acheter la maison de campagne du Breuil à Monsieur André Aumallay, négociant, pour la somme de 2 700 F.

Alors, chaque dimanche et chaque jeudi, un omnibus à chevaux conduit les internes du Lycée de Bordeaux à ce bourdieu, appelé le Château de Breuil, propriété viticole.

De 1854 à 1856, l’architecte Duverger construit la chapelle, prolonge par une aile de trente mètres le château qui devient le Petit Lycée Impérial de Talence, annexe du Lycée de Bordeaux. Entre temps, la Monarchie de Juillet s’est terminée en 1848, lui ont succédé la Seconde République (1848-1852), puis le Second Empire. En  1866, le ministre de l’Instruction, Victor Duruy, autorise la construction de l’aile Nord et, en 1876, Monsieur le Recteur Debas préside la première distribution des prix. Le Conseil Municipal de Talence demande, lors de sa délibération  du 3 juin 1877, que le réseau de tramways qui vient d’être décidé, soit prolongé jusqu’à la porte du Petit Lycée.

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La Maison de campagne du Breuil au XVIIIème siècle
d’après un plan des Archives Municipales de Bordeaux

L’équipe enseignante et administrative s’étoffe et les enseignements se poursuivent jusqu’en quatrième :

  • 1865 : un censeur, un censeur adjoint, un économe, deux professeurs de lettres, deux maîtres élémentaires, cinq répétiteurs.
  • 1869 : un aumônier, deux professeurs de dessin, un professeur de gymnastique.
  • 1899 : un surveillant général.
  • 1900 : trois aumôniers (catholique, protestant et israélite), deux professeurs de dessin d’art, un professeur de dessin graphique, deux professeurs de musique,un professeur de sténographie, un professeur d’escrime, quinze emplois de fonctionnement (concierge, cuisinier, aide cuisinier, laveur-cuisinier , veilleur, commissionnaire , garçons de dortoir, lingère, infirmière, dépensière).

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Collection Le Loup 9

Le Censeur, Monsieur Arbelot, Périgourdin, licencié ès lettres, agrégé de grammaire, qui dirigea l’établissement de 1860 à 1875, a laissé un souvenir chez beaucoup de ses anciens élèves. Écoutons Paul Berthelot, journaliste :

« L’Alma Mater (Mère Nourricière, se dit de l’Université) se faisait douce, persuasive et séduisante en la personne de Monsieur le Censeur Arbelot. Il fut à un degré délicieux, 1’homme de la situation. Petit, replet, le visage toujours décoré d’un sourire, Monsieur Arbelot avait les mains molles et grasses d’une bonté éloquente. Il y avait en lui du prélat. Esprit très fin, très nuancé, il appliquait à l’éducation des dons de diplomate. On n’avait pas encore inventé la pédagogie, il se contentait de la pratiquer. Les enfants l’adoraient en le respectant ; quant aux mères, elles en raffolaient. .. »

Le projet de déplacer le Petit Lycée dans l’établissement de Longchamp, à Bordeaux, provoque d’énergiques protestations du Conseil Municipal Talençais lors de sa délibération du 10 février 1901. Faute d’élèves, les familles des Chartrons lui préférant le nouveau Lycée de Lonchamp (actuel Lycée Montesquieu), à l’orée de leur quartier, le Petit Lycée ferme de 1903 à 1906, puis il rouvre jusqu’à la quatrième. Pour moitié originaire de Bordeaux, les élèves viennent aussi des Landes, de la Gironde, de Lot-et-­ Garonne et, pour un pourcentage non négligeable (7 à 8 %), d’Amérique du Sud et des colonies françaises.

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Collection José Sainz

Réquisitionné le 23 août 1914 comme hôpital militaire complémentaire, puis le 8 août 1917 jusqu’au 1er juin 1919, comme base-hôpital américaine, le lycée rouvre à la rentrée 1919-1920 comme annexe du Lycée Montaigne. Il accueille le premier cycle jusqu’en troisième.

C’est en septembre 1939 une nouvelle réquisition comme hôpital militaire, puis bientôt comme Kriegsmarine Lazarett et, de nouveau comme hôpital français de la fin 1944·au 15 août 1945. Les élèves sont évacués vers l’école de Mégret, ouverte par la municipalité dans l’ancien château de Jean-Baptiste de Mégret de Belligny, armateur à Bordeaux de 1857 à 1875 et maire de Talence. C’est actuellement l’école Paul-Lapie.

Les destructions sont importantes et l’état du lycée est lamentable. Les dédommagements de guerre permettent la reconstruction de la partie centrale de l’aile Nord, dans un style contemporain de l’après-guerre, jurant avec l’architecture Napoléon III du bâtiment.

Le lycée, passé annexe du Lycée Montesquieu, acquiert son autonomie à la rentrée 1957-1958 avec la nomination de son premier proviseur, Monsieur Tison, agrégé de physique et jusqu’alors proviseur du lycée de Blois.

Le Petit Lycée de Talence grandit tellement qu’il devient l’un des plus importants lycées de Bordeaux et son développement va de pair avec le transfert à Talence de l’enseignement supérieur bordelais : Faculté des Lettres, des Sciences, de Droit, École des Arts et Métiers, École Supérieure de Commerce, d’Agriculture, I.U.T.

Nouvelles constructions :

  • 1958 : bâtiment actuellement réservé au collège et à l’internat.
  • 1963 : bâtiment scientifique. 1967 :bâtiment de restauration. Effectifs :
  • 1960 : 2 000 élèves répartis en 63 classes.
  • 1984 : 3 000 élèves dont 2 000 pour le lycée et 1 000 pour le collège.

En 1974, le collège s’est séparé du lycée et Madame Maupomé, Censeur du lycée depuis 1966, en est nommée Principal jusqu’à sa retraite en 1984. Le lycée garde les internes du collège. Cette même année, le Rectorat installe dans une partie des bâtiments, élégamment restaurée, l’INAS ou Institut d’Administration Scolaire et Universitaire, bientôt transformé en Centre Académique Associé au Service de la Formation Administrative, créé pour la formation continue et le perfectionnement des personnels administratifs et de service.

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Une classe au début du XXème siècle – Collection José Sainz

De 1980 à 1990 fonctionne au  sein du lycée un centre de formation de conseillers d’éducation, dirigé par le proviseur , assisté par un conseiller principal d’éducation. Ce centre reçoit les stagiaires des académies de Bordeaux, Poitiers, Limoges et quelques stagiaires de Nantes, Orléans-Tours et Toulouse.

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Lycée de Talence – Galerie Couverte
Collection Josée Sainz

Le lycée s’ouvre à l’enseignement supérieur avec la création de divisions de techniques supérieures en Secrétariat et Comptabilité. S’y ajoute entre 1984 et 2000 les B.T.S. (Brevets de Techniciens Supérieurs) Assistant Secrétaire Trilingue, Force de Vente, Communication des Entreprises et Action Commerciale.

En 1984-1985, il scolarise plus de 10 % des élèves du second degré de la Gironde. C’est aussi le seul lycée, à l’époque, à accueillir une quarantaine  de handicapés moteurs qui apprécient cette scolarisation parmi les adolescents de leur âge. Des professeurs du lycée, très dévoués, donnent des cours à l’Institut d’Éducation Motrice de Talence, établissement tuteur des handicapés.

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Vue aérienne du lycée vers 1960

La proximité du CREPS de Talence permet le développement de classes sportives spécialisées pour les sportifs de haut niveau, de la Seconde au B.T.S. Ainsi de nombreux champions de France et même des sélectionnés, voire des médaillés aux Jeux Olympiques y ont fait leurs études. Chaque année, de nouvelles coupes et médailles consacrent un palmarès sportif impressionnant.

Les élèves ont toujours aimé les vastes espaces du lycée, ses magnifiques chênes et magnolias, ses roses et géraniums. Du bitume remplace les vignes mais le bourdieu du Breuil, la chartreuse du XVIIIe, restent dans la communauté urbaine de Bordeaux une campagne accueillante, un jardin de verdure. « Campagne chère à ses anciens élèves : René Maran «Batouala», prix Goncourt 1924, Paul Berthelot, journaliste renommé. Philippe Sollers et Jean Charles, écrivains ; une campagne précieusement entretenue par le personnel de l’établissement. » (Voir Promenades d’Antan dans le bulletin numéro 3 et Mémoire et Patrimoine Actualités dans ce numéro.

GUY PITAULT

L’auteur : Monsieur Guy Pitault a été Proviseur du Lycée Victor-Louis de septembre 1984 à septembre 2001.