Bulletin 03 – Promenades d’antan

C’était  en  septembre,  dans  un  autre  siècle, RENÉ MARAN, encore adolescent, se promène avec ses parents dans le parc enchan du Petit Lycée de Talence. Platanes, marronniershêtres, ormes et bouleaux, mariaient leurs ombrages à l’ombrage des chênes et des pins. À chaque soupir du vent, les arbres remuaient doucement leurs feuilles. Dans ce cadre agreste se mêlent  les milles bruits  de la campagne : Des oiseaux piaillaient, gazouillaient. Des chiens aboyaient. On entendait braire des ânes, hennir des chevaux, meugler des bœufs. Dans ce Talence, alors si peu urbanisé, l’espace est sans limite : À de lointains cocoricos répondaient des cocoricos plus lointains encore. Des sonnailles et des clarines dindrelinaient paisiblement dans les prairies Et le jeune René ajoute simplement : La belle journée. C’était le Talence d’hier, la douceur des choses simples. comme celle d’entendre dans les prairies dindreliner des clarines.

Jeanne Alleman. plus connue sous son nom d’écrivain JEAN BALDE, était une petite-fille Holagray. des commerçants bordelais dont la famille était propriétaire du beau domaine de Castel Terrefort, alors sur le chemin Roui. Très amie avec Marguerite Arnozan, fille du professeur, elle venait souvent en été dans leur maison de campagne du chemin de Suzon. Commode et grande, cette maison ouvrait sur une terrasse plantée d’une magnifique allée de platanes … au-dessous de la terrasse, une prairie en pente douce descendait vers un ruisseau. C’était l’heureuse époque où le ruisseau des Mallerettes coulait sous le ciel, ses rives bordées de grands aulnes aux racines noueuses. Et Jeanne se souvient : Cette partie du jardin, ombragée, secrète, exerçait son attrait sur les jeunes filles ... je revois des branches d’arbres formant une nef et la petite allée où nos confidences se prolongeaient indéfiniment.

Jean Balde connaissait bien FRANCIS JAMMES dont elle admirait le talent. C’est avec son ami Charles Lacoste, que ce dernier aimait se promener dans ce sentier de Talence où ils avaient tant de fois recherché cette paix que nos classes ne nous donnaient point. Dans ses Mémoires, Francis Jammes évoque une belle journée de printemps quelque part entre les vieilles demeures de Thouars et de Raba : Des aubépines de cristal éclataient dans les tendres haies. Une poussière aérienne, comme teintée d’azur, recouvrait le sol.

Ayant appris que Napoléon 1er avait visité ces mêmes lieux un certain 9 avril 1808, il pense: Quel mépris n’eûtil pas eu pour ce mince rêveur que j’étais et qui, bien loin de fomenter des guerres, préférait aller à la découverte de l’anémone des bois, la Sylvie, qui lui  apparut dans ce bosquet de Talence, auprès d’un banc de pierre usé. Il décrit cette fleur qui lui donnait une émotion indescriptible. Sa corolle bombée avant qu’elle soiéclose est d’une harmoniincomparable, une courbe de lumière et de fraîcheur. Cette journée, pareille à un souffle de jeune fille … demeure d’une douceur sans nom dans ma mémoire.

JammesFrancis James
Dessin de Chaney

 

 

 

 

 

 

 

 

Effectivement, Francis Jammes s’en souvient dans ses Champêtreries et méditations et s’en souviendra encore quand, dédicaçant un livre de son amie Gil Reicher, il écrit :

...et bientôt j’allais dans les bois de Talence, cueillir l‘anémoneSylvie.

Une  autre  fois, se tournant  vers  son  passé, il demande :

Qui me rendra la rose des bois cueillie à Talence?

Dans un poème dédié à des étudiants bordelais, il évoque avec nostalgie ces années de 1880 à 1886, alors qu’il étudiait lui-même au lycée de Bordeaux :

Jeunesse ! O ma jeunesse aux mousses de Talence
Nous ne t’en voulons point
Lorsque tu nous revient avec cette cadence
Et
tu n‘es pas si loin.

 

 Pour en savoir plus sur ces auteurs vous pourrez consulter :

  • Le Cœur serré par René Maran, Albin
  • La maison au bord du fleuve (Souvenirs bordelais) par Jean Balde, L’Horizon Chimérique.
  • Mémoires par Francis Jammes, Plon.

Et les nombreux articles de la regrettée Gil Reicher, publiés dans le journal Sud-Ouest.

 

ALAIN  CHAMP