Bulletin 03 – Le déclin de la cavalerie municipale

Avec le grand chantier de réorganisation du centre-ville, deux témoins d’une autre époque  viennent  de  disparaître,  c’étaient   les anciennes écuries municipales. La plus ancienne se  trouvait  face  à  l’école  Joliot-Curie   entre l’avenue Espeletta et la rue de Suzon, une cour intérieure couverte donnait autrefois accès aux box des animaux, elle était bordée sur trois côtés par une galerie en bois desservant  les anciens greniers à fourrage, ces colombages ne manquaient pas de charme et rappelaient les anciens relais de poste. L’autre, plus spacieuse et de belle allure était, non loin de la précédente, à l’ouest de la rue Pierre-Curie.

cavalerie

Les écuries municipales de la rue Pierre Curie en 1999
Cliché A. Champ

Depuis longtemps la traction automobile avait remplacé l’hippomobile,  et pourtant  ce n’est pas si vieux, il suffit de revenir simplement un demi-siècle  en  arrière…

Madame Lacarrieu, qui habitait déjà ce quartier à l’époque, se souvient de Monsieur Labeudade qui était préposé au ramassage des ordures ménagères, le bourrier, comme on disait en ce temps. Le tombereau municipal, tracté par une mule, annonçait son passage au son d’une cloche montée sur la voiture, ainsi les retardataires avaient-il le temps d’apporter leur poubelle, qui était moins volumineuse qu’aujourd’hui.

Les délibérations du Conseil municipal, conservées au service des Archives, nous apprennent que le 27 juillet 1945, le Conseil envisage la vente d’une des mules municipales. Monsieur Ricard, adjoint au maire fait observer que : par suite de la remise en circulation de véhicules automobiles d’une part, et du prix de revient onéreux de la Cavalerie Municipale d’autre part, le  maintient de deux mules n’est plus désormais nécessaire.

En effet, Talence libéré de l’occupation allemande depuis le 28 août 1944, doit parvenir à se procurer suffisamment d’essence pour alimenter son parc automobile et Monsieur l’adjoint demande donc en conséquence au Conseil d’habiliter Monsieur le Maire à procéder à la vente d’une mule. Et le procès-verbal précise : Le produit de cette transaction sera versé au chapitre XII article 1 « Entretien des rues et places publiques« . Il en est ainsi décidé.

La pauvre mule dut bénéficier d’un sursis, car ce n’est qu’à l’occasion de la séance du Conseil du 22 février 1947 que monsieur Ricard signale : qu’à l’adjudication publique qui a eu lieu, la mule a été vendue 75 100 francs.

Les archives ne nous précisent pas si quelqu’un fut sensible à la détresse  morale de ces deux animaux habitués à vivre ensemble et qui plus jamais ne partagèrent le foin et l’avoine sous le toit de leur belle écurie municipale.

ALAIN CHAMP