Bulletin 02 – Inauguration de la première Mairie de Talence

D’après les délibérations du Conseil municipal

Depuis 1793, Talence est devenue une commune avec son maire et ses officiers municipaux. Les temps sont difficiles et la commune est pauvre. Aussi, lui est-il bien difficile de s’offiir, ce que l’on nomme encore, une Chambre communale. Après bien des difficultés, Je maire, François Roui, propriétaire du domaine de Monadey et qui préside aux destinées de la commune depuis le 22 avril 1825, s’apprête à inaugurer la mairie.

Talence, qui possédait sous l’ancien régime, quatre églises ou chapelles, en a eu trois de démolies et c’est dans la quatrième, désaffectée depuis quatre ans, que vont s’installer les élus municipaux . C’est l’ancienne chapelle Saint-Pierre, plus connue des Talençais sous le nom de Saint Pey patron de la confrérie des laboureurs de vignes.

Église paroissiale en 1764, Temple de la raison en l’an 11, elle fut à nouveau église paroissiale de 1802 à 1823, date à laquelle une nouvelle église la remplaça. Elle est donc disponible.

Session du 13 mai 1827. Le maire ouvre la séance et dit :

En présence de messieurs le comte Maxime de Puységur, lieutenant général, chevalier des ordres royaux de Saint­ Louis et de la Légion d’honneur, Gressier aîné, chevalier de la Légion dhonneur, Blwnerel, négociant, Balguerie Junior, négociant, chevalier de la Légion d’honneur, Vielle, négociant, Gravereau, propriétaire et H. Laclaverie, négociant, tous déjà membres du Conseil municipal.

Et  de messieurs  : G. Bauros,  maréchal de  camp retraité, chevalier de Saint Louis et de  la Légion d’honneur, Lille Jeune, négociant, Dublaigo, négociant, Cousteau, négociant, Lemonnier, négociant, Chauvet négociant, Ducasse, négociant, Bouscasse, négociant, Lannes, propriétaire et Lalande négociant, tous pris dans la liste des trente plus imposés ou appelés à leur défaut en suivant lordre décroissant des plus imposés.

Messieurs,

Il manquait depuis longtemps au Conseil municipal un lieu pour ses réunions et pour le dépôt des archives de la commune. Le Conseil municipal errant, semblait demander l’aumône d’un abri pour ses séances. Les archives colportées de domicile en domicile elles étaient p lacées sans soin, ont souffert de graves altérations.

Enfin, Messieurs, dans votre réunion du 21 août 1825 vous eûtes la sagesse de penser qu’un des plus grands biens que vous puissiez procurer à la commune était de lui donner une Chambre communale où son Conseil pourrait  de réunir, où seraient déposées les archives de la commune et serait ce qu’on appelle la mairie.

Vous demandâtes en conséquence à M le préfet, l’autorisation nécessaire pour affecter lefonds destinés à la réparation des chemins vicinaux aux travaux nécessaires pour disposer une Chambre communale dans l’ancienne  église.

Cette permission vous fut accordée le 20 octobre suivant. Les  travaux  ont  été  retardés. Des  difficultés s‘élevèrent sur la validité de la délibération du 21 août, quant à l’intervention  des membres de  la fabrique  qui  avaient donné leur acquiescement à ce que l’ancienne église reçut cette destination.  On pensa qu’il y avait défaut de forme, le Conseil de fabrique n’ayant pas été régulièrement convoqué. Enfin, la fabrique soutint que l’ancienne église lui appartenait.

Cette prétention ne fut point reconnue mais, Messieurs les membres de la fabrique animés, comme ceux du Conseil municipal par des sentiments de bienveillance pour la commune consentirent à ce que, toute réserve de droit étant faite sur la propriété de l’ancienne église, tant par la commune que par la fabrique, le maire fut autorisé à faire disposer une Chambre communale dans l’ancienne église, moyennant qu’il fit séparer l’église du cimetière par une cloison en planche.

Ainsi messieurs, par un concours mutuel de bienveillance cette disposition a eu lieu, le maire s’est occupé de préparer un asile qu’appelaient ses vœux depuis longtemps. Cet asile se compose comme vous le voyez, d’une pièce servant d’antichambre ou pas perdus, d’une chambres pour les archives pour les archives et de la salle des séances où le maire a le plaisir de vous adresser au nom de la commune ses humbles remerciements.

Je ne doute point messieurs, que vous soyez tous animés des meilleurs intentions et que ceux qui par la suite viendront s’adjoindre à nos utiles travaux, ou nous remplacer dans nos modestes fonctions, ne soient comme nous, mus par des sentiments de justice et de probité. Toutefois, il ne sera peut être pas bon de propos de dire ici, que ce lieu qui fupendant tant d ‘années consacré au culte doit sans cesse rappeler notre respect. S’il a changé de destination ce n est que dans le genre de son utilité.

Il fut consacré à chanter les louanges du Seigneur et à enseigner les leçons du SaintEvangile pour le bonheur spirituel des artisans de la commune.

Aujourd’hui nous y ferons retentir les cris de vive le prince auguste qui nous gouverne et nous suivrons ses lois et ses ordonnances pour les intérêts civils de ces mêmes habitants.

Nous espérons donc que ces voûtes, accoutumées qu’à ne retenir que des accents de paix et de vérité, ne seront jamais les échos du mensonge et de lafraude .

 

Psentation et transcription par Alain Champ  (1998)