Bulletin 01 – Le château Peixotto, une villégiature du XVIIIème siècle

Talence est surtout connue pour son campus universitaire et ses installations sportives. Ce que l’on sait moins, c’est que cette commune a été dès le XVIIIème  siècle, le lieu de villégiature préféré des Bordelais. Ce patrimoine est constitué de châteaux et de villas. Sous l’Empire, on en dénombrait déjà 73. Ce chiffre n’a cessé d’augmenter  au cours   du  XIXème siècle. Aujourd’hui, malgré l’urbanisation de cette commune proche de Bordeaux, on peut encore apercevoir dans le tissu urbain quelques-unes de ces  magnifiques demeures.

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Château Peixotto Façade côté parc (Carte postale vers 1936)

La propriété Peixotto est un havre de verdure d’environ 4 hectares au cœur de Talence, longeant le cours de la Libération sur la route de Bordeaux en Espagne par les Landes, un des itinéraires au Moyen Age du Pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle.

Les maisons de campagne s’y sont multipliées. On peut citer comme voisins immédiats le Château Margaut (propriété de la Mairie), la propriété Balguerie mais aussi le château Monadey, ou enco­re le domaine Roul (sur le Campus universitaire) , et la chartreuse du presbytère.

En 1769, un riche banquier d’origine portugaise, Samuel Peixotto, confie la conception de sa maison de campagne et des jardins à l’architecte François Lhote.

Le monumental portail aux battants et au couronnement de fer forgé donnait alors accès à un bâtiment qui  était en partie en rez-de-chaussée et que l’on doit identifier comme étant  une  chartreuse. Le cœur de l’édifice était constitué par un vaste avant-corps qui formait une rotonde. Ces formes semi-circulaires étaient alors en vogue, on les  retrouve au Château Tauzia à Gradignan, comme à l’hôtel Saint-Marc cours d’Albret à Bordeaux. Cette partie de l’édifice conservée abrite encore un salon d’apparat autour duquel s’ordonnent des pièces de réception. Dans le grand salon, les citations aux arts de l’antiquité s’accumulent. Le sommet de la glace de cheminée représente des trophées de la musique, on reconnaît un tambourin, une flûte ou encore une viole.

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Le salon des réceptions

Dans les compositions plus importantes, le stuc et le plâtre remplacent les lambris. La porte qui conduit au vestibule est surmontée d’un tripode, utilisé comme brûle-parfums, qui sépare deux allégories féminines opposées. Les fouilles réalisées à cette époque à Pompéi avaient permis de reconstituer une partie du mobilier romain représenté sur les fresques des villas ensevelies. Tripodes, chaises, curules ont été reproduits dans les tableaux du peintre Vien et de son élève David.

Cette maison de plaisance ne permettait pas des séjours prolongés, elle ne représente qu’une escapade pour son propriétaire qui habitait un hôtel place Dauphine (place Gambetta) et avait fait construire la maison carrée d’Arlac. Après être passé entre plusieurs mains au cours du XIXème siècle qui le modifièrent considérablement, et notamment la famille de Luze en le surélevant pour l’habiter plus longuement, le château est devenu la propriété de la commune en 1932, et même l’Hôtel de Ville. C’est de cette époque que date la solennelle salle du Conseil municipal.

Le parc est sans doute le principal agrément de la propriété Peixotto, lieu de tous les plaisirs. Ainsi, les jardins s’organisent en vue de créer un cadre intime, constitué de différentes ambiances : allées de char­milles, bosquets et pièces d’eau.

Peixotto y réunit à la veille de la Révolution comédiens et musiciens du Grand-Théâtre qui s’y produisent, lors de fêtes champêtres et de banquets extraordinaires.

A l’angle du parc s’élève en 1782 un pavillon de musique, aux lignes d’une grande pureté qui rappelle l’architecture  antique.

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Le pavillon de musique

Les statues de muses et de déesses envahissent le parc, dont une du roi d’Espagne Charles III (qui servit de parrain à Peixotto lorsqu’il se convertit au catholicisme). N’avait-il pas donné le nom d’Aranjuez à sa demeure de Talence rappelant en cela le palais d’été de la famille royale d’Espagne près de Madrid ?

Le vaste bassin alimenté par le ruisseau des Malerettes, possède toujours son petit îlot dans l’axe du château, agrémentant le jardin botanique, sur le terrain cédé en 1891 à la faculté de Médecine.

Depuis 1986, la ville de Talence en assure la gestion et l’a ouvert au public, la faculté se réservant une partie (dans les serres sont cultivées les collections de plantes réservées à l’enseignement de la botanique). Le parc Peixotto constitue aux côtés du bois de Thouars un environnement privilégié qui pourrait faire de Talence le poumon vert de l’agglomération bordelaise.

Ludovic BONNARDET